Le Bon, la Brute et le Cinglé

Poster

  • Titre original : Joheunnom Nabbeunnom Isanghannom
  • Réalisateur : Kim Jee-woon
  • Acteurs : Jung Woo-sung, Lee Byung-hun, Song Kang-ho
  • Production : Corée du Sud, 2008
  • Genres : western, action

Synopsis : Mandchourie, années 1930. Une région cosmopolite où se mixtent chinois, japonais et coréens à travers des déserts arides et quelques villes qui pullulent de contrebande et de banditisme. Yoon Tae-goo, alias le Cinglé, dérobe à un haut dignitaire japonais une carte d’une importance vitale et qui mènerait à un incroyable trésor enfoui au coeur du désert. Il est pris en chasse par le chasseur de primes Park Do-won, alias le Bon, qui recherche Tae-goo pour la récompense sur sa tête. Mais c’est sans compter la traque sauvage menée par le terrible Park Chang-yi, alias la Brute, le meilleur des mercenaires de Mandchourie, engagé pour récupérer la précieuse carte. Ce serait déjà un joyeux bordel en soi, si tout ce beau monde ne recevait pas également la visite plus ou moins opportune de bandits chinois ainsi que de l’armée impériale japonaise, tous très intéressés par l’idée de retrouver ce trésor si précieux…

Bande-annonce : https://www.youtube.com/watch?v=8Zew2yWGDC8

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            En 2008, Kim Jee-woon est déjà reconnu comme un artisan talentueux et polyvalent, excellent directeur d’acteurs et remarquable filmeur d’images à l’esthétique léchée. Avec des projets aussi variés que la comédie The Foul King, le mélodrame surnaturel 2 Soeurs, ou encore le film noir A Bittersweet Life, tous salués par la critique, le réalisateur peut se targuer d’avoir un solide pedigree, bien qu’il lui reste encore à démontrer une réelle dose d’originalité. Kim Jee-woon puise en effet une grande partie de sa force cinématographique dans son inspiration de créations antérieures, et ne tire souvent son épingle du jeu qu’en mélangeant avec insolence des genres déjà bien codifiés. Il ne changera pas la donne avec Le Bon, la Brute et le Cinglé, mais il prouvera une nouvelle fois qu’il reste un exceptionnel metteur en scène, doté d’un sens du spectacle indéniable et d’une passion presque comparable à celle d’un enfant tout excité de pouvoir faire comme ses cinéastes-modèles. À défaut d’être surprenant, Kim Jee-woon se montre toujours aussi divertissant. Peu de cinéastes coréens ont autant cru en ce facteur « entertainment » du Septième Art. Et ce n’est pas faute d’avoir été l’un des illustres fers de lance de la fameuse nouvelle vague du cinéma sud-coréen, où plus personne n’avait peur du moindre excès thématique ou graphique.

            Le western coréen n’existait pas vraiment, jusqu’à présent. Kim Jee-woon a eu le culot de changer la donne, en imaginant une histoire de bandits au coeur des déserts de Mandchourie, durant l’occupation de l’armée impériale japonaise dans la région. Exit les hommes de la loi et de l’ordre, il n’y a de place que pour les chasseurs de prime voraces et l’éternel appât du gain. De désert en ville, de ville en masure, et de masure en bordel, Kim Jee-woon écarte le manque de diversité inévitable de ses décors et préfère créer une dynamique à travers les parcours entrecroisés de ses personnages. Entre le Bon, la Brute et le Cinglé, c’est tout un jeu de chat et de souris qui relie les trois anti-héros. Tour à tour, chacun a sa motivation pour pourchasser l’autre au fur et à mesure qu’ils se rapprochent inévitablement de l’emplacement du trésor.

            Le plus intéressant étant que ces trois figures sont potentiellement interchangeables. De l’aveu de Kim Jee-woon lui-même, les trois pistoleros peuvent se montrer bons, brutes ou cinglés envers eux-mêmes et envers les autres. Une manière de constater que l’ordre n’a pas sa place dans une région aride et hostile, régie par la force du plus talentueux des duellistes et non par l’argent du plus fortuné des hommes d’affaires. Si le scénario peut s’avérer simpliste avec le recul, il s’agit avant tout d’une parodie grotesque et bon enfant d’un western qui aurait construit son pitch sur une ruée vers l’or, ici tournée comme un McGuffin qui vise à faire parler les bavards et à faire courir la Mandchourie toute entière.

Do-won

            En attendant, le film profite bien évidemment de son casting tout simplement colossal, où se côtoient les plus grands acteurs masculins du cinéma sud-coréen. Kim Jee-woon compte sur la réputation de bel homme de Jung Woo-sung pour lui attribuer le rôle auquel le public s’identifiera le plus : Park Do-won, le Bon, le mercenaire sans peur et sans faille, qui manie la carabine à levier avec une aisance totalement irréelle, et donc purement cinématographique. Face à lui, les traits anguleux du visage si particulier de Lee Byung-hun lui donnent la gueule idéale pour incarner le cruel Park Chang-yi, obsédé par l’idée de prouver qu’il est le meilleur, quitte à déployer des sommets de brutalité dans ses méthodes. Et pour jouer un bandit passablement cinglé, qui de mieux que le célèbre Song Kang-ho, celui-là même qui s’est illustré dans les rôles comiques et absurdes de The Foul King, Memories of Murder et The Host ?

            Les trois acteurs habitent leur rôle avec une efficacité et un charisme qui font honneur à leur talent et à leur réputation, tant au niveau de leurs confrontations verbales que de leur mouvance dans l’espace, à chaque nouvelle scène mouvementée. Le Bon vise l’efficacité et la simplicité frontale, la Brute ne compte que sur le style et le m’as-tu-vu, tandis que le Cinglé n’en rate jamais une pour surprendre son monde avec sa gestuelle d’autant plus hilarante qu’elle est aussi ridicule que son personnage.

            Les qualités techniques du film n’ont guère à rougir face aux talents d’interprétation que déploient les trois stars. Les séquences d’action sont efficacement chorégraphiées sous la direction du meilleur expert en la matière de Corée, Jung Doo-hong. Répondant aux exigences toujours très pointues de Kim Jee-woon, le chef-opérateur Lee Mo-gae (déjà à l’oeuvre sur le magnifique 2 Soeurs) nous livre un travail d’orfèvre, tant au niveau des mouvements de caméra qu’au niveau des éclairages en intérieur, forts de couleurs chaudes et raffinées.

            Juste après un prologue introductif, le film nous emmène sur la trajectoire d’un faucon qui vient piocher sa proie sur les rails, une seconde avant l’arrivée fracassante d’un train qui traverse le désert à toute allure. Sur ces images qui sentent à plein nez le rêve de gosse en train de s’accomplir pour notre réalisateur, l’excellente composition musicale de Jang Young-kyu nous transporte à un niveau supérieur. Tout au long du film, c’est à grands renforts de cuivres, de guitares, de percussions, et de choeurs masculins qu’il accompagne les séquences les plus musclées, comme cette gigantesque course-poursuite entre les trois héros, les bandits et l’armée japonaise au coeur des étendues désertiques. Tout embrasse la vision déjantée de Kim Jee-woon, où la folie des personnages, la démesure des cascades et l’ampleur grotesque de cette course au trésor s’entremêlent sur une partition qui s’amuse à reprendre certaines sonorités familières d’un western traditionnel pour mieux les exploser dans un mélange punchy indéfinissable et tout simplement incroyable. Le Bon, la Brute et le Cinglé : la trinité d’un spectacle déjanté et d’un divertissement total.

Jee-Yong

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